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LE TOURISME SAHARIEN : PHILOSOPHIE ET POTENTIELS
Le tourisme saharien est un phénomène de société qui ne cesse de croitre , de poser des questions et alimenter des polémiques .En effet de plus en plus de tour opérators vendent des destinations de rêve dans le Sahara , son introduction voir son installation comme produit de luxe dans l’industrie des loisirs est plus que confirmée mais cela pose la question de l’équilibre entre la protection et l’exploitation des biodiversités fragiles qui composent les déserts .
Cette « guerre d’intérêts à travers des argumentations » que se livrent les protecteurs de la biodiversités et les adeptes du « développement durables des communautés vivants dans ces systèmes »ne laisse personne indifférent . C’est à ces questions, que notre contribution d’aujourd’hui , tentera de répondre.
LA PHILOSOPHIE DU TOURISME SAHARIEN .
La notion de « musé naturel à ciel ouvert » ou « patrimoine de l’humanité , ouvert » sont les termes qui présentent le tourisme saharien . Ceci sous entend une connaissance approfondie du Sahara et devrait engendrer le respect de sa nature et de ses habitants . Cette connaissance provoque le désir légitime de le faire découvrir par ceux que l’on aime et aussi la volonté de vouloir le protéger. Dans les deux cas il y a risque d’influence sur le milieu et sur les populations , sans parler du fait d’en vouloir faire commerce .
La notion de « patrimoine » recouvre la notion « d’héritage » , elle induit le concept de « musée »d’où le principe de « conservation » , ceci est acceptable et compréhensible pour le patrimoine artistique , pictural ou même architectural .Cela est-il possible quand il s’agit d’une région ou d’une sous région ? ou un sub -continent ?
Dans cette optique , si le Sahara est considéré comme « un musée naturel » il faudrait voir son sol , son sous sol , ses paysages , ses vestiges préhistoriques comme des éléments menacés qu’il faut protéger de toutes perturbations . En effet le musée renferme des « biens culturels » et non « des biens consommables » d’où la nécessité préalable « à mettre en place des dispositifs de protections adéquats et performants ».
Le courant qui considère que culture et consommation , dans l’industrie des loisirs , comme un « processus viable et compétitif » , ne semble pas être sur la bonne voie , car cela représente une menace pour la conservation du patrimoine .En effet on détruit ce que l’on consomme . Le développement du tourisme extensif et intensif du Sahara finira par détruire les équilibres fragiles et les « informations scientifiques » qu’il englobe. L’immensité du Sahara ne pourrait le protéger de ce phénomène.
Cela nous ramène à l’éternelle question de l’impact de l’homme sur la nature , les populations autochtones « vivent du ,et dans le Sahara » alors que les touristes « visitent la nature, la consomment , la détruisent et vivent ailleurs dans leurs villes »
Le tourisme saharien est une activité spécifique et paradoxale à la fois :
• il se distingue par un milieu naturel immense et fragile , avec une faune et une flore en voie d’extinction et des richesses « eau et bois surtout » majoritairement non renouvelable .
• Des populations ( oasiennes et pastorales ) peu nombreuses , éparpillées avec une activité traditionnelle agro pastorales et commerçantes , elles courent de grands risques de non adaptation , face à une planification artificielle qui ne tiendrait pas compte des spécificités de chacune d’elles.
• Un richesse de patrimoine unique au monde mais souvent facilement accessible car se trouvant à la surface du sol d’où l’impossibilité pratique de la préserver , sans parler du fait de leur « extension sur des territoires immenses ».
• L pression toujours croissante des visiteurs sur des circuits et sites spécifiques .Les expéditions « hors pistes » fortement demandées et en nombre croissant et le risque de pillage qui en découle.
• Le tourisme saharien comme adjuvant du développement durable pour les pays riverains du Sahara ( initiative du tourisme de solidarité dans le cadre du « commerce équitable » )
Dans le cas de notre pays , il faut reconnaitre que les analyses actuelles convergent vers le résultat qui met le tourisme saharien en deuxième position par rapport au tourisme balnéaire « celui des plages » .En effet la plupart des projets exposés visent l’investissement sur la côte ( pour des raisons objectives , exposées dans notre première partie « analyse géopolitique », , elles concernent la vision des investisseurs du golfe qui sont majoritaires , mais aussi la tendance dans les pays émetteurs « période des grands congés d’été »)
Cependant le tourisme saharien dispose d’autres atouts .
LE POTENTIEL DU TOURISME SAHARIEN .
Depuis plusieurs années le tourisme saharien est devenu « une cible et une destination » de l’industrie des loisirs .Elle représente donc une manne financière non négligeable pour les pays destinataires .
L’hyper mécanisation des sociétés occidentales , mais aussi dans les métropoles et villes de notre pays , font que les « touristes » cherchent un endroit pour se ressourcer et décompresser . Le Sahara offre ce « sentiment de refuge » .
La vente du « produit Sahara » se base sur ce sentiment de fantasmes , de frustrations en réaction au conformisme ambiant des sociétés émettrices de touristes ( congé payé –plage et étude du rapport prix –services offerts).
L’importance du « tourisme saharien » est visible dans la crise qu’a connu notre pays au début des années quatre vingt dix .En effet au moment même ou le nombre de visiteurs de notre Sahara diminuait , de grands investissements voyaient le jour chez nos voisins ( Tunisiens et Marocains ) .Il fallait « prendre » la part de marché Algérien , c’est ainsi que des régions comme Tozeur et Marrakech ont connu un boom touristique considérable ,soutenu incontestablement par des capitaux mais aussi un savoir faire performent .
L’évolution du tourisme saharien dans ces deux pays a connu « un nouvel adjuvant » dans l’industrie du cinéma , la région de Matmata (en Tunisie) a vu le tournage du film « Dunes » alors que la région de Ouarzazate ( au Maroc) est en passe de devenir le « nouveau Hollywood du Maghreb ». Cependant l’exigüité du « Sahara Tunisien » et la monotonie du « Sahara Marocain » ont poussé certains tours opérators à convoiter le « Sahara Algérien » par des circuits transnationaux , avec des incursions en Algérie , ils visaient en quelques sortes de faire de notre Sahara « un produit annexe de leurs tourisme saharien ,un appendice » .Ce risque potentiel est toujours possible avec l’avènement des « open skys » . Notons aussi que les accords signés dans le cadre de l’UMA , permettent aux tours opérators de chaque pays d’avoir des activités dans chaque pays de l’Union .
Quoique l’on dise , le potentiel touristique du Sahara Algérien est unique , il se caractérise par son immensité et surtout sa diversité .Nous pouvons parler de SAHARAS , au pluriel dans notre pays .Il y a le Sahara du Hoggar et du Tassili , musées à ciel ouvert , déserts à paysages naturels multiples , déserts minéraux , ou il est possible de lancer des « circuits archéologiques et surtout géologiques , qui cibleraient les universités et instituts de recherches notamment leurs budgets d’études et de recherches ».
Il y a les déserts humains , habités qui sont ceux du Touat , Gourara , Tidikelt et de la Saoura , avec leurs richesses culturelles matérielles et immatérielles « la musique du Ahellil a été reconnue comme patrimoine universel immatériel » , architecturales « les ksours et le style néo soudanais » , les oasis « leurs sites spécifiques sont un exemple de choix urbanistiques uniques , les foggarates , technique ancestrale d’adduction de l’eau , d’irrigation et de lavage des sols », les manuscrits « mémoires et arts de calligraphies » , le soufisme « tourisme religieux qui mettrait en valeur des personnages qui ont marqué le Sahara et son histoire : sidi Ahmed Tijani ,Abdelkrim Al Maghili , Charles de Foucault » , des hommes de culture et de savoir « Ibn Batouta , Al Ouazzani plus connu sous le nom de Léon l’Africain , Dinet , Isabelle Eberhardt , Aurélie Picard …etc » .
Le M’zab , son organisation sociale ancestrale , « son cours de gestion participative et sa bonne gouvernance communautaire » , « sa leçon d’architecture » selon l’expression connue .
Les oasis parsemées selon le choix des populations , à travers les grands Ergs Oriental et Occidental .Les villes d’El Oued et El Goléa en seraient les meilleurs exemples .
Les multiples portes du déserts Laghouat , Boussaâda , Djelfa, Nâama ; El Bayyedh avec leurs histoires et monuments sans parler du mode de vie spécifique des « arabes des hauts plateaux »
Toutes ces caractéristiques et spécificités uniques font que « les Saharas Algériens » constituent :
• Une destination « haut de gamme » pouvant drainer des foules.
• Une destination à la carte , l’immensité est un élément positif , car « le client s’il est bien pris en charge » serait tenté de visiter les différents Saharas d’où la possibilité et le challenge de le « fidéliser ».
• Le produit touristique « culturel et scientifique » serait basé sur un savant dosage entre (le plaisir de yeux) par la vue et découvertes des paysages et ( le plaisir de l’esprit) par les connaissances prodiguées .
• Le tourisme thématique peut être vendu à travers toutes l’Europe , si comme l’a dit Kateb Yacine « la langue Française est un butin de guerre » l’histoire et le passage de certaines figures Européennes qui sont passées par le Sahara « peuvent être aussi des butins de guerres à fructifier » par la proposition de circuits culturels sur les traces de grands personnages ( littérature , religion , peinture , architecture , mysticisme)
• Une coopération et des conventions avec des universités , qui viserait les « budgets de recherches » pour des étudiants en fin d’études , qui deviendront les « publicistes dans leurs milieux et familles pour la destination « Saharas Algériens »
• En plus du fait que « les Saharas Algériens » constituent à eux seuls « une multitudes de destinations et de produits » leurs positions géographiques leur donne la possibilité d’être le point de départ vers d’autres déserts limitrophes .Il y a la possibilité de proposer, à partir de l’Algérie, des circuits culturels transnationaux ( Tassili – Libye « sur les traces du géologue , découvreur du pétrole Conrad Killian » / Tassili – Ténéré – Tibesti « à la découverte des fleuves souterrains du Sahara, l’oued de Taffassasset » / Hoggar – Niger Mali / Tanezrouft – Adrar des Ifoghas « les routes du sel » /Erg Chache – désert Mauritanien/ Adrar –Chenguiti – Tombouctou « circuit des villes savantes et des manuscrits ») ;
• Le projet « routes des ksours »(projet entre l’UNESCO et dix pays qui ont le Sahara en commun ) dans lequel l’Algérie a été choisie comme pays pilote , le PNUD agence de suivi du projet en Algérie et le Ministère de l’intérieur comme agence d’exécution) .Il représente une occasion prompte à exploiter non seulement pour développer le tourisme culturel et écologique avec une philosophie de création d’emplois mais aussi dans sa phase de choix de personnages historiques ( côté culturel) qui seraient « des personnes ressources pour transférer le projet vers les autres pays » .En effet de grands personnages Algériens ou ayant transités par l’Algérie peuvent être des adjuvants pour créer des circuits transnationaux et avoir des conséquences multiples même sur le plan de la sécurité nationale .
( à suivre : les résistances des marchés émetteurs )

